Apprivoiser ses peurs, ça n’est pas « être sûr de soi ». Cela résulte d’une alchimie plus complexe que nous sommes tous capables d’acquérir. Le philosophe Charles Pépin nous éclaire dans un livre qui fait du bien.

Interview de Charles Pépin

Se faire confiance, dites-vous, c’est garder une âme d’enfant dans un esprit d’adulte…

L’enfant s’aventure sans discerner les risques ; l’adulte, lui est anxieux, car il perçoit les dangers. Se faire confiance c’est, tout en étant lucide, retrouver cette capacité à y aller sans avoir peur de se tromper.

Comment se conquiert-elle ?

Elle s’installe lorsqu’on gagne une compétence dans un domaine. Mais elle naît surtout de la relation avec les autres, d’une personne qui nous sécurise et nous libère. C’est le cadeau que les autres nous font, tout au long de l’existence, et que nous acceptons.

Qu’est-ce qui l’entame ?

Les vicissitudes de la vie. Surtout lorsque les revers sont vécus comme des échecs. Alors que l’échec est enrichissant et favorise l’arrivée au but.

En vieillissant, comment évolue la confiance en soi ?

Nous habitons le monde, d’abord ancré dans notre corps. Or, avec l’âge, il te lâche tu n’es plus aussi formant ni séduisant. Cela peut te fragiliser. Par ailleurs, notre société, où la jeunesse domine, tu comptes moins sur les personnes âgées qui possèdent l’expérience, la sagesse.

Comment la reconquérir ?

Lors de mes conférences, j’ai noté que les personnes plus âgées prennent la parole-donc, sortent de leur zone de confort-, nouent des relations, s’émerveillent… A 40 ans ou 50 ans, nous refoulons davantage l’idée de la mort. La proximité de celle-ci peut donner envie de profiter pleinement de la vie et donc de nourrir la confiance en soi.

En quoi votre ouvrage est-il différent des livres de développement personnel ?

Ces livres sont trop souvent culpabilisants, surtout si l’on ne parvient pas à regagner la confiance en 7 jours… Notre manque d’assurance vient de ce que la vie est difficile et incertaine. Ce n’est pas en la fuyant dans le fantasme d’un mode d’emploi personnel que nous allons en avoir moins peur, mais en apprivoisant cette peur. La confiance en soi est en réalité une confiance en la vie. Nous l’avons tous en nous, parce que nous sommes vivants. Finalement, il s’agit plus de la retrouver que de la conquérir…

La confiance en soi, une philosophie. Allary éditions

Source : Pleine vie – Juillet 2018 – Marie-Laurence Grézaud.

Pour vous aider

  1. Cultiver les bons liens

Vous n’avez plus de temps à perdre avec des personnes toxiques. Cherchez des relations qui font du bien, qui sécurisent et libèrent. Fréquentez des gens différents, inspirants, qui vous grandissent et vous réveillent.

  1. S’écouter

En suivant votre intuition. Ce qui impose de ne pas se soumettre à la dictature de l’urgence. Pour ce faire, Charles Pépin conseille d’avoir des rituels qui aident à se retrouver et qui « offrent des instants de relâchement, d’un retour sur soi » : marcher, méditer, prier…

  1. S’émerveiller

« Fréquenter la beauté, c’est se rapprocher de soi », explique l’auteur. Visiter des musées sans guide, contempler la nature procure un apaisement qui nourrit la confiance en  soi. Spectateurs de la beauté du monde, nous prenons conscience que nous habitons ce monde. « Il est plus facile d’avoir foi en soi quand on se sent « chez soi » dans le monde. »

  1. Mettre la main à la pâte

La main, dit Aristote, prolonge l’esprit. Être dans le « faire », se mettre à la calligraphie, l’écriture, la cuisine, la peinture, le bricolage, le jardinage… nous rend vivants et joyeux, plein d’assurance.

  1. Pratiquer la bienveillance

La confiance est un cadeau que les autres nous font et que nous faisons aux autres. Avec vos petits-enfants, par exemple, n’hésitez pas à encourager, cultiver leurs désirs avec des mots gentils. Aidez-les à prendre confiance en ce qu’ils peuvent devenir.